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FCIQ, une représentation aveugle qui ne répond à aucune question

17 mai 2017

La majorité des secteurs d’affaires sont représentés par une ou plusieurs organisations dont les missions et les responsabilités fluctuent selon leurs objectifs et leur administration. Dans le cas du courtage immobilier et hypothécaire, nous sommes actuellement encadrés par l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ), qui oriente ses activités autour de la protection du public, et la Fédération des chambres immobilières du Québec (FCIQ) qui a pour but « de défendre, protéger et promouvoir les intérêts des courtiers immobiliers de la province »*.

Dans un marché où la notion de courtage n’est pas encore clairement établie et où les courtiers doivent continuellement se faire valoir en tant que professionnel compétent, ceux-ci doivent pouvoir compter sur des instances qui prennent au sérieux leur devoir de représentation et qui ont à cœur l’intérêt de leurs membres.

Un devoir de représentation

En mars 2016, le budget provincial du ministre des finances en a surpris plus d’un en annonçant son intention de transférer l’encadrement du courtage hypothécaire sous la supervision de l’Autorité des marchés financiers (AMF). À mon sens, lorsque le gouvernement envisage de restreindre le champ de pratique actuel des courtiers détenant un permis plein exercice, un droit acquis depuis plusieurs années, c’est exactement le genre d’événement qui nécessite une intervention réfléchie d’un organisme dédié à la défense, à la protection et à la promotion de ses membres. Rappelons malheureusement que le 17 juin 2016, la FCIQ témoignait, dans un communiqué à ses membres, de ses démarches auprès du gouvernement dans le cadre de la session parlementaire afin d’appuyer le transfert de l’encadrement du courtage hypothécaire à l’AMF.

Choqué par cette position qui ne représentait nullement mes convictions en tant que membre d’une chambre immobilière, ni celles de plusieurs de mes collègues, j’ai pris sur moi de questionner les investigateurs de cet «appui» afin de comprendre le processus de réflexion qui l’avait précédé. Notons également que dans cette prise de position, je n’ai noté aucune consultation des courtiers membres de la part de leur chambre immobilière, une perspective pour le moins alarmante si l’on considère la mission de la FCIQ.

En tant que courtier qui cumule plus de 40 ans dans la profession, impliqué à plusieurs reprises dans des comités de représentations, je n’ai aucunement la prétention de détenir une vérité absolue, mais je me fais un devoir de questionner une démarche qui ne semble pas être née d’une concertation représentative.

Matières à réflexion

  1. Qu’est-ce qui légitime le transfert de la pratique hypothécaire vers l’AMF ? ;
  2. Quels sont les avantages pour les courtiers dans le cadre de ce transfert de juridiction ? ;
  3. Suite à ce transfert, comment peut-on garantir les droits acquis des permis plein exercice des courtiers ? ;
  4. Comment garantir que la double pratique, à la fois immobilière et hypothécaire, pourra continuer de s’exercer sans restriction ni contrainte ? ;
  5. Pourquoi prendre cette position quant à un transfert alors que l’OACIQ se montre favorable à l’ajout d’expertise et au développement des compétences des courtiers, comme le démontre les nombreuses formations continues hypothécaires présentes dans leur programme ? ;
  6. Compte tenu des enjeux, pourquoi la fédération ne réalise pas une étude afin de mieux comprendre le travail effectué et les services qui sont offerts par les courtiers sur le terrain, ainsi que leur impact pour l’industrie ?

Ces questions ont été textuellement transmises par courriel de ma part, en juillet 2016, à la chef de direction de FCIQ, Mme Pénéla Guy, ainsi qu’à tous les directeurs des différentes chambres immobilières du Québec. Ces interrogations témoignaient d’un véritable cri du cœur, sincèrement inquiet pour la représentation des courtiers auprès du gouvernement et tout à fait ouvert à comprendre la démarche de cet organisme et de ces représentants. Mais c’est dans un mélange d’incompréhension et de stupéfaction que nous avons reçu principalement des silences de la part des directeurs et une réponse laconique de la chef de direction :

« Le comité de relations gouvernementales s’est penché sur vos réflexions et en est venu à la conclusion suivante. La position de la FCIQ face à la recommandation du gouvernement de transférer les courtiers hypothécaires à l’AMF ne changera pas. »

Ce courriel du 15 août 2016 s’inscrit comme une brève sentence qui ne fit jamais écho aux nombreuses questions légitimes qui demeurèrent sans réponse, ne laissant que le goût amer d’une démarche bureaucratique sourde aux inquiétudes de ses membres. Je suis tout à fait enclin à donner le bénéfice du doute, et je ne remets pas en doute l’entièreté des actions précédemment posées par la FCIQ, mais cette situation particulière ne fait qu’accentuer mes inquiétudes et alimenter une profonde détresse quant à l’avenir de notre profession.

Un silence qui en dit long

Je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la vision à long terme de nos instances quant à l’avenir et l’évolution du courtage immobilier et hypothécaire au Québec. Comment peut-on prendre position au nom de plusieurs milliers de courtiers sans arguments et sans avoir consulté ces mêmes individus ? Comment peut-on appuyer une action aussi lourde de conséquences sans être en mesure de justifier cette démarche ?

Je crains pour l’avenir du courtage immobilier et hypothécaire, je crains pour cette nouvelle génération qui tente de se faire valoir et qui ne semble pas pouvoir compter sur un quelconque appui, ou du moins sur une réelle écoute. Je crois profondément que les courtiers de la nouvelle génération devront s’imposer davantage grâce au développement de leurs expertises et pour ce faire, ils doivent, entre autres, pouvoir compter sur le support et l’encadrement des instances qui les représentent. Que pouvons-nous espérer pour la suite?

*source : Mission et vision de la FCIQ - http://www.fciq.ca